Romance
Quand vous me montrez une roseQui s’épanouit sous l’azur,Pourquoi suis-je alors plus morose?Quand vous me montrez une rose,C’est que je pense à son front pur.Quand vous me montrez une étoile,Pourquoi les pleurs, comme un brouillard,Sur mes yeux jettent-ils leur voile?Quand vous me montrez une étoile,C’est que je pense à son regard.Quand vous me montrez l’hirondelleQui part jusqu’au prochain avril,Pourquoi mon âme se meurt-elleQuand vous me montrez l’hirondelle,C’est que je pense à mon exil.Lettre
Non, ce n’est pas en vous «un idéal» que j’aime,C’est vous tout simplement, mon enfant, c’est vous-même.Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux.Et rien ne m’éblouit, ni l’or de vos cheveux,Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles,Bien que ma passion ait pris sa source en elles.Comme moi, vous devez avoir plus d’un défaut;Pourtant c’est vous que j’aime et c’est vous qu’il me faut.Je ne poursuis pas là de chimère impossible;Non, non! Mais seulement, si vous êtes sensibleAu sentiment profond, pur, fidèle et sacré,Que j’ai conçu pour vous et que je garderai,Et si nous triomphons de ce qui nous sépare,Le rêve, chère enfant, où mon esprit s’égare,C’est d’avoir à toujours chérir et protégerVous comme vous voilà, vous sans y rien changer.Je vous sais le cœur bon, vous n’êtes point coquette;Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite,Et le chagrin qu’un jour vous me pourrez donner,J’y tiens pour la douceur de vous le pardonner.Je veux joindre, si j’ai le bonheur que j’espère,À l’ardeur de l’amant l’indulgence du pèreEt devenir plus doux quand vous me ferez mal.Voyez, je ne mets pas en vous «un idéal»,Et de l’humanité je connais la faiblesse;Mais je vous crois assez de cœur et de noblessePour espérer que, grâce à mon effort constant,Vous m’aimerez un peu, moi qui vous aime tant!Février
Hélas! dis-tu, la froide neigeRecouvre le sol et les eaux;Si le bon Dieu ne les protège,Le printemps n’aura plus d’oiseaux!Rassure-toi, tendre peureuse;Les doux chanteurs n’ont point péri.Sous plus d’une racine creuseIls ont un chaud et sûr abri.Là, se serrant l’un contre l’autreEt blottis dans l’asile obscur,Pleins d’un espoir pareil au nôtre,Ils attendent l’Avril futur; Et, malgré la bise qui passeEt leur jette en vain ses frissons,Ils répètent à voix très basseLeurs plus amoureuses chansons.Ainsi, ma mignonne adorée,Mon cœur où rien ne remuait,Avant de t’avoir rencontrée,Comme un sépulcre était muet;Mais quand ton cher regard y tombe,Aussi pur qu’un premier beau jour,Tu fais jaillir de cette tombeTout un essaim de chants d’amour.Avril
Lorsqu’un homme n’a pas d’amour,Rien du printemps ne l’intéresse;Il voit même sans allégresse,Hirondelles, votre retour;Et, devant vos troupes légèresQui traversent le ciel du soir,Il songe que d’aucun espoirVous n’êtes pour lui messagères.Chez moi ce spleen a trop duré,Et quand je voyais dans les nuesLes hirondelles revenues,Chaque printemps, j’ai bien pleuré.Mais, depuis que toute ma vieA subi ton charme subtil,Mignonne, aux promesses d’AvrilJe m’abandonne et me confie.Depuis qu’un regard bien-aiméA fait refleurir tout mon être,Je vous attends à ma fenêtre,Chères voyageuses de Mai.Venez, venez vite, hirondelles,Repeupler l’azur calme et doux,Car mon désir qui va vers vousS’accuse de n’avoir pas d’ailes.Mai
Depuis un mois, chère exilée,Loin de mes yeux tu t’en allas,Et j’ai vu fleurir les lilasAvec ma peine inconsolée.Seul, je fuis ce ciel clair et beauDont l’ardent effluve me trouble,Car l’horreur de l’exil se doubleDe la splendeur du renouveau.En vain j’entends contre les vitres,Dans la chambre où je m’enfermai,Les premiers insectes de MaiHeurter leurs maladroits élytres;En vain le soleil a souri;Au printemps je ferme ma porteEt veux seulement qu’on m’apporteUn rameau de lilas fleuri;Car l’amour dont mon âme est pleineRetrouve, parmi ses douleurs,Ton regard dans ces chères fleursEt dans leur parfum ton haleine.